Une nouvelle canalisation pour acheminer de l'eau potable vers un camp de réfugiés au Cameroun

Articles d'actualité, 11 décembre 2015

© HCR/L Dobbs
Une femme nigériane se repose près d'un vaste réservoir d'eau au camp de réfugiés aride de Minawao, au Cameroun.

CAMP DE MINAWAO, Cameroun, 11 décembre 2015 (HCR) Chaque jour, sept camions de Médecins Sans Frontières (MSF) roulent cahin-caha vers le camp de réfugiés de Minawao dans la région de l'Extrême-Nord au Cameroun. Ils transportent une marchandise précieuse, mais coûteuse : de l'eau potable.

Ces chargements d'eau potable sont destinés aux quelque 50 000 réfugiés du camp ayant quitté leur foyer dans la région du Nord-Est du Nigéria et franchi la frontière avec le Cameroun voisin pour échapper à l'insurrection de Boko Haram. Pendant la saison sèche, les rivières disparaissent, et il est de plus en plus difficile de trouver des réserves d'eau.

Mais la situation va bientôt changer. En début de mois, Valentin Tapsoba, Directeur du Bureau du HCR pour l'Afrique, et le gouverneur provincial, Midjiyawa Bakari, ont participé à une cérémonie haute en couleur organisée pour le lancement de la construction d'une canalisation qui apportera l'eau à Minawao, dans le cadre d'un projet conjoint entre l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés et l'entreprise de service public Camwater.

D'une longueur de 28 kilomètres, la canalisation et le réseau de distribution apporteront l'eau d'un réservoir situé près de la ville de Mokolo jusqu'au camp tentaculaire de Minawao, où l'approvisionnement en eau a toujours été un problème ; les travaux dureront entre quatre et six mois. MSF dépense plusieurs dizaines de milliers de dollars chaque jour pour acheminer des produits de première nécessité au camp.

La canalisation construite par Camwater profitera non seulement aux 49 968 réfugiés nigérians à Minawao, mais aussi aux 150 résidents des villages situés le long du tracé. Une eau propre aidera aussi à prévenir ou à contenir l'éclosion de maladies communes dans cette région isolée, notamment le choléra.

« La construction de cette infrastructure importante constitue, pour le HCR, la reconnaissance de l'hospitalité du gouvernement et de la population camerounaise à l'égard des réfugiés », a déclaré Valentin Tapsoba, tout en notant que la communauté locale bénéficiera également de l'infrastructure.

Actuellement, 21 puits donnent à peine assez d'eau pour que chaque personne dispose de 14 litres par jour, alors que la quantité recommandée est de 20 litres par jour. C'est la raison pour laquelle l'aide de MSF est essentielle. Le directeur général de Camwater, Jean Williams Sollo, estime que la nouvelle canalisation approvisionnera à terme quelque 200 000 personnes en eau.

Autre signe de la détermination du HCR à aider les membres des communautés d'accueil dans le besoin, Valentin Tapsoba a, plus tôt dans la journée, posé la première pierre d'une nouvelle école primaire dans le village voisin de Zamai.

Des dizaines d'enfants se sont pressés pour voir le Représentant du HCR mettre en place la première brique de leur nouvelle école. L'édifice remplace des cabanes délabrées faites de bois et de feuilles de palmier ; il permettra d'améliorer grandement le cadre d'apprentissage pour ces jeunes vulnérables. Le HCR estime que l'éducation est essentielle pour tous les enfants.

Le Cameroun est pris entre deux crises de déplacement : le Nigéria au nord et la République centrafricaine à l'est. Ce pays d'Afrique occidentale accueille quelque 65 000 réfugiés du Nigéria et environ 254 000 réfugiés de la République centrafricaine. Les combats au Nigéria et les attaques transfrontalières ont entraîné le déplacement de plus de 90 000 personnes, qui se retrouvent aujourd'hui dans le besoin.

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