Une jeune Afghane refuse de renoncer à son enthousiasme après avoir attendu des années pour aller à l'école

Elle avait 11 ans lorsqu'elle a vu une salle de classe pour la première fois, si bien que Parisa était déterminée à continuer à étudier malgré les mesures de confinement.

Besmellah, réfugié afghan (à droite), et sa femme Halime posent pour une photo avec leurs filles Parimah (à l'extrême gauche), 14 ans, et Parisa, 16 ans, chez eux à Ispahan, dans le centre de l'Iran.
© HCR/Mohammad Hossein Dehghanian

Il y a quelques mois, les matins à l'école primaire de Vahdat, lorsque les enfants arrivaient, étaient pleins d'enthousiasme et d'énergie.


Les sacs rebondissant sur leur dos alors qu'elles franchissaient les portes de leur école primaire, un groupe de filles s'arrête net devant le bâtiment principal, en attente du rassemblement. À l'arrière de l'une des files se tenait Parisa, la plus âgée de sa classe du haut de ses 16 ans - ses camarades de classe n'avaient en moyenne que 12 ans.

Mais Parisa ne se laissait pas décourager par la différence d'âge et était déterminée à tirer le meilleur parti de son expérience à l'école primaire de Vahdat, dans la vieille ville perse d'Ispahan en Iran.

« J'aime tellement l'école », dit-elle, en serrant ses livres contre sa poitrine. « Ma matière préférée, ce sont les mathématiques... J'aime la multiplication et la division - elles sont vraiment faciles. »

Le fait que son cursus scolaire ait été interrompu depuis par la pandémie de Covid-19 est doublement cruel étant donné ce que Parisa a dû endurer avant de pouvoir bénéficier pour la première fois d'une instruction.

« Ils ont commencé à poser des mines dans les cours d'école. »

Il y a dix ans, sa famille a fui l'Afghanistan après que les talibans aient terrorisé leur quartier de Herat. « Si vous alliez au bazar, il n'y avait aucune garantie de revenir en vie », se souvient Besmellah, 67 ans, le père de Parisa.

Les extrémistes ont également menacé de kidnapper toutes les filles qui oseraient aller à l'école. « Puis ils ont commencé à poser des mines dans les cours d'école », a ajouté Besmellah. « Nous n'avions pas d'autre choix que de venir en Iran. »

Au cours de 40 ans d'invasions, de guerre civile, de luttes de pouvoir et de conflits religieux, environ trois millions d'Afghans ont cherché refuge en Iran. Près d'un million d'entre eux sont enregistrés comme réfugiés, tandis que deux millions sont sans papiers. En outre, 450 000 détenteurs de passeports afghans vivent en Iran pour y travailler ou y terminer leurs études.

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En Iran, Parisa et ses six frères et sœurs ont trouvé la sécurité, mais pendant ses premières années d'exil, elle n'a pas pu aller à l'école. La famille avait à peine de quoi vivre et ne pouvait pas payer les frais de scolarité. Le frère de Parisa a abandonné l'école à l'âge de 15 ans et a commencé à travailler. Avec cet argent supplémentaire, Parisa a pu mettre les pieds dans une salle de classe pour la première fois à l'âge de 11 ans.

Au début, elle s'est retrouvée dans une école non officielle, non enregistrée auprès du gouvernement, où les cours étaient organisés en deux rotations pour accueillir le plus grand nombre d'enfants possible. Sans enseignants qualifiés et sans programme d'études approprié, les élèves n'y ont appris que les bases.

« Ma femme et moi nous sentons handicapés par notre manque d'éducation. Nous ne voulons pas que la même chose arrive à nos enfants. »

En tant que réfugiée sans papiers, c'était à l'époque la seule option pour Parisa. Mais en 2015, l'Iran a commencé à permettre à tous les enfants afghans - quel que soit leur statut juridique - de fréquenter les écoles publiques. Lorsque l'école primaire de Vahdat a ouvert ses portes grâce à un financement du gouvernement iranien, du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et de l'Union européenne, Parisa a pu bénéficier pour la première fois d'une éducation formelle.

Les élèves de l'école primaire de Vahdat essaient de contenir leurs rires pour une photo de groupe avant que leur professeur n'arrive en classe.

Les élèves de l'école primaire de Vahdat essaient de contenir leurs rires pour une photo de groupe avant que leur professeur n'arrive en classe.   © HCR/Mohammad Hossein Dehghanian

Aujourd'hui, quelque 480 000 enfants afghans en Iran bénéficient de cette politique d'éducation inclusive, dont 130 000 sont des Afghans sans papiers comme Parisa. A l'école primaire de Vahdat, 140 jeunes Afghans côtoient 160 élèves iraniens.

Mais la pandémie menace de mettre à mal l'éducation de Parisa une fois de plus. Alors que l'Iran continue de subir les effets sanitaires et économiques du virus, les réfugiés et les communautés d'accueil ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Nombre de ceux qui dépendent essentiellement du travail informel ont perdu leur emploi. 

« Je n'ai pas pu travailler ces trois derniers mois », a déclaré Besmellah, qui est travailleur journalier. « Parisa est censée commencer la septième année, mais je n'en ai pas les moyens. »

Dans un rapport intitulé « Tous unis pour l’éducation des réfugiés », publié le 3 septembre, le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, met en garde contre le double fléau que constituent le Covid-19 et les attaques contre les écoles, qui menacent de compromettre des décennies d'efforts en matière d'éducation des réfugiés.

« Nous avons dû emprunter le smartphone de ma sœur aînée pour passer nos examens. »

Sur la base des données du HCR, le Fonds Malala a estimé qu'en raison du coronavirus, la moitié des filles réfugiées du secondaire pourraient ne pas retourner à l'école lorsque les classes rouvriront ce mois-ci - une prévision effrayante qui risque d'avoir un impact sur les générations à venir.

Si les réfugiés sont exemptés des frais de scolarité en Iran, les autres coûts liés à l'éducation, notamment le matériel pédagogique, restent un fardeau. « Mon bailleur a également augmenté le loyer, j'ai donc dû emprunter de l'argent pour payer la caution d’un nouvel appartement. » 

Parisa n'a rien perdu de son enthousiasme. « Ma sœur et moi avons suivi nos cours à la télévision, mais nous avons dû emprunter le smartphone de ma sœur aînée pour passer nos examens », explique-t-elle. « Parfois, nos cours se chevauchaient, si bien que l'une d'entre nous devait manquer une leçon. C'était difficile, mais j'ai encouragé ma sœur à persévérer. Heureusement, nous avons toutes les deux eu de bonnes notes. »

« Tant que je pourrai travailler, je ferai tout pour que mes filles puissent aller à l'école - mais cela devient de plus en plus difficile », a indiqué Besmellah. « Ma femme et moi nous sentons handicapés par notre manque d'éducation. Nous ne voulons pas que la même chose arrive à nos enfants. »