« Laissez-nous faire entendre notre voix et nous changerons le monde »

Lors du Dialogue du Haut Commissaire sur les défis de protection, les participants mettent en avant le fait que les personnes déracinées sont prêtes et qualifiées pour aider à la remise sur pied des communautés affectées par le Covid-19.

Nhial Deng, un réfugié sud-soudanais vivant dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya. Lui et les autres participants au panel ont échangé des témoignages sur la résilience et ont discuté des solutions à apporter aux défis mondiaux avec le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.
© HCR/Samuel Otieno

Les participants au Dialogue sur les défis de protection ont fait part à Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, des perspectives et des solutions uniques que peuvent apporter les réfugiés - et d'autres personnes ayant connu un parcours comparable - dans le cadre de la lutte contre le coronavirus et contre d'autres défis auxquels le monde est confronté, notamment la pauvreté, l'inégalité et les effets négatifs du changement climatique.


« Laissez-nous faire entendre notre voix et nous changerons le monde », a ainsi déclaré Hindou Oumarou Ibrahim, une militante des droits humains tchadienne qui plaide pour une justice environnementale et les droits des peuples autochtones.

Créé en 2007, le Dialogue du Haut Commissaire facilite un échange de vues entre les réfugiés, les gouvernements, la société civile, le secteur privé, les universitaires et les organisations internationales sur les nouveaux défis en matière de protection. Cette année, il se tiendra par vidéoconférence au cours des sept prochaines semaines, et portera principalement sur la manière dont la pandémie de Covid-19 affecte les personnes déracinées et les apatrides.

Selon Filippo Grandi, la pandémie a donné au monde une « leçon accélérée » sur les bénéfices apportés par une meilleure intégration. La plupart des pays, a-t-il dit, ont immédiatement réalisé l'importance d'inclure les réfugiés et les autres populations vulnérables dans leur réponse à la pandémie afin de pouvoir contenir la propagation du virus, qui a tué plus de 1,1 million de personnes dans le monde.

Le virus a eu des effets socio-économiques dévastateurs, créant une « pandémie de la pauvreté » qui pourrait se prolonger pendant des générations si les gouvernements renonçaient à appeler les populations les plus vulnérables à contribuer aux plans de relance et à en bénéficier. Le virus est apparu à un moment où le monde est confronté à une série de crises, telles que l'inégalité, la pauvreté, l'urgence climatique et une xénophobie croissante, a indiqué le Haut Commissaire.

« Nous vivons dans un contexte très, très incertain », a déclaré Filippo Grandi. « Nous devons être préparés à faire face aux futures situations d'urgence. »

Hindou, la militante originaire du Tchad, était l’une des six personnes qui ont pris part à la discussion d'aujourd'hui avec le Haut Commissaire. Les autres étaient Fezzeh Hosseini, une réfugiée afghane et médecin vivant en Iran ; Nhial Deng, un jeune engagé dans la vie communautaire au camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya ; Barthelemy Mwanza Ngane, un réfugié congolais et membre du Conseil consultatif mondial de la jeunesse du HCR ; Shadi Shhadeh, un activiste syrien et réfugié vivant en Suisse ; et Carmen Alejandra Parra, qui a fui le Venezuela et qui vit et pratique maintenant la médecine au Pérou.

  • Barthelemy Mwanza est un réfugié congolais vivant au Zimbabwe dans le camp de réfugiés de Tongogara. Il est le coprésident du Conseil consultatif mondial de la jeunesse du HCR.
    Barthelemy Mwanza est un réfugié congolais vivant au Zimbabwe dans le camp de réfugiés de Tongogara. Il est le coprésident du Conseil consultatif mondial de la jeunesse du HCR.  © HCR/Jean Marc Ferré
  • Carmen Parra, une femme médecin qui a été forcée de fuir le Venezuela pour se réfugier au Pérou, a travaillé comme serveuse, vendeuse et réceptionniste. Enfin en mesure de pratiquer à nouveau la médecine, elle est en première ligne de la lutte contre le coronavirus.
    Carmen Parra, une femme médecin qui a été forcée de fuir le Venezuela pour se réfugier au Pérou, a travaillé comme serveuse, vendeuse et réceptionniste. Enfin en mesure de pratiquer à nouveau la médecine, elle est en première ligne de la lutte contre le coronavirus.  © HCR/Carmen Parra
  • Feezeh Hosseini est la seule femme médecin afghane réfugiée dans la province iranienne d'Ispahan.
    Feezeh Hosseini est la seule femme médecin afghane réfugiée dans la province iranienne d'Ispahan.  © HCR/Mohammad Hossein Dehghanian
  • Hindou Oumarou Ibrahim est une militante écologiste, membre de la communauté pastorale Mbororo du Tchad, promotrice des objectifs de développement durable des Nations Unies et présidente de l'Association des femmes et des peuples autochtones du Tchad (AFPAT).
    Hindou Oumarou Ibrahim est une militante écologiste, membre de la communauté pastorale Mbororo du Tchad, promotrice des objectifs de développement durable des Nations Unies et présidente de l'Association des femmes et des peuples autochtones du Tchad (AFPAT).  © HCR/Manuel Elías
  • Shadi Shhadeh fait ses courses dans un supermarché à Genève, en Suisse. Avec d'autres réfugiés syriens bénévoles, il livre de la nourriture et d'autres produits aux personnes vulnérables qui se protègent du coronavirus.
    Shadi Shhadeh fait ses courses dans un supermarché à Genève, en Suisse. Avec d'autres réfugiés syriens bénévoles, il livre de la nourriture et d'autres produits aux personnes vulnérables qui se protègent du coronavirus.  © HCR/Elisabet Diaz Sanmartin

Chaque intervenant a partagé son expérience acquise dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus et a souligné l'importance de faire appel aux compétences et aux connaissances des réfugiés et des apatrides en temps de crise.

« En tant que réfugié, j'ai tout de suite pensé... à ceux qui étaient blessés à l'hôpital... mais qui n'auraient ensuite nulle part où aller. »

Shadi, qui a étudié le droit à l'université de Damas avant de fuir la Syrie en 2011, se souvient avoir éprouvé un sentiment de honte lorsqu'il a demandé l'asile pour la première fois. Servir les autres, explique-t-il, l'a aidé à retrouver sa dignité. Au début, lorsque le coronavirus est apparu, il a distribué de la nourriture et d'autres articles essentiels aux personnes qui ne pouvaient pas quitter leur maison. En août, après les explosions au Liban qui ont tué plus de 200 personnes et détruit ou endommagé les maisons de 300 000 autres, lui et d'autres réfugiés ont recueilli 30 000 dollars pour leur venir en aide.

« En tant que réfugié, j'ai tout de suite pensé à ceux qui ont perdu leur logement - ceux qui d'une seconde à l'autre n'avaient plus d'endroit où dormir, ceux qui étaient blessés à l'hôpital et qui en sortiraient une semaine plus tard mais n'auraient nulle part où aller. »

Médecin de formation, Carmen a été serveuse et a travaillé comme vendeuse après s'être réfugiée au Pérou. Sa vie a changé lorsqu'elle s'est engagée dans un programme pilote soutenu par le HCR qui aide les médecins vénézuéliens à obtenir une accréditation - un processus généralement long et coûteux. Depuis, elle a servi en première ligne dans la lutte contre le Covid-19 au Pérou. Carmen appelle les Etats à soutenir les avocats, les ingénieurs et les autres personnes qui souhaitent servir leur nouvelle communauté.

« Il est fondamental pour des professionnels comme moi de pouvoir apporter ce soutien », a-t-elle expliqué.

Fezzeh, qui dirige un centre médical, a évoqué la lutte contre la désinformation pendant la pandémie, et d'autres intervenants ont convenu que les rumeurs et les mensonges nuisent au travail qu'ils font dans le cadre du Covid-19 et dans d'autres domaines. La connexion à Internet, la diffusion d'informations en plusieurs langues et le recours aux membres de la communauté pour jouer le rôle de « diffuseurs » de l'information sont essentiels pour dissiper les idées reçues, ont-ils ajouté.

A Kakuma, par exemple, une ligne d'assistance téléphonique gratuite permet aux gens de signaler les rumeurs concernant le Covid-19, qui sont ensuite soumises à une vérification, a précisé Nhial Deng. « La désinformation a représenté un problème partout dans le monde, et c'est la même chose dans les camps de réfugiés. »