En Jordanie, la hausse du coût des soins de santé provoque de grandes difficultés pour les réfugiés syriens

Les frais de soins de santé sont devenus hors de prix pour la plupart des réfugiés syriens. Le HCR exhorte les bailleurs de fonds à faire en sorte que l'accès aux traitements vitaux soit préservé.

Hamed Mifleh (au centre) se promène avec ses enfants, Ahmad (21 ans) et Bara'a (7 ans), dans un champ situé à proximité de leur maison, à Madaba, en Jordanie.
© Production/Caméra : Annie Sakkab. Seconde caméra : Esna Ong

Comme des centaines de milliers de parents réfugiés ayant fui le conflit syrien qui dure depuis sept années, Hamed a quitté le pays pour protéger ses enfants. Contrairement à la plupart des parents, les raisons de son départ n’ont pas été les balles ou les bombes mais la crainte de ne pas pouvoir garantir les traitements dont ses enfants ont besoin pour survivre. 


Deux des enfants d’Hamed souffrent de thalassémie, une maladie du sang héréditaire qui nécessite des transfusions sanguines fréquentes et des médicaments couteux pour gérer les effets secondaires. « J’ai dû quitter la Syrie à cause de la guerre. C’était trop difficile de rejoindre les hôpitaux pour garantir les médicaments, les traitements et les transfusions de mes enfants », explique-t-il. 

Après avoir quitté la ville de Deraa, au sud de la Syrie, pour rejoindre la Jordanie où il est arrivé en 2013, cet ancien ingénieur en mécanique, âgé de 47 ans, a pu bénéficier de soins de santé à un coût modeste, voire gratuits, pour son fils Ahmad (âgé de 21 ans) et sa fille Bara’a (âgée de 7 ans).

Avec les bons alimentaires qu’ils reçoivent régulièrement du Programme alimentaire mondial (PAM), ainsi que l’aide financière en espèces de 155 dinars jordaniens (179 euros) fournie par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, ils avaient de quoi s’en sortir.

La situation a complètement changé depuis le 1er mars, date à laquelle le gouvernement jordanien a mis en place une nouvelle règlementation qui a considérablement augmenté les coûts des soins de santé appliqués aux réfugiés syriens. Les frais de la plupart des soins sont devenus deux, voire cinq fois plus chers qu’auparavant. C’est le cas d’un accouchement par voie basse à l’hôpital, par exemple, qui est passé de 60 à 240 dinars (de 69 à 277 euros) ou celui d’une césarienne, qui a augmenté de 240 à 600 dinars (de 277 à 691 euros).   

Dans un pays où 80 pour cent des réfugiés syriens installés en zone urbaine vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 3 dollars par jour (2,5 euros), l’ampleur de cette augmentation fait que la plupart des soins médicaux de base sont devenus hors de prix pour la plupart d’entre eux.

En ce qui concerne Ahmad et Bara’a, dont les traitements pour soigner la thalassémie (une maladie qui peut provoquer une anémie et, dans les cas les plus graves, une éventuelle insuffisance cardiaque) étaient jusqu’à présent en grande partie subventionnés. Or, depuis le changement des tarifs, le coût mensuel des doses dont ils ont besoin est passé de 3,5 dinars (4 euros) à la somme à peine croyable de 2 800 dinars jordaniens (3 228 euros).     

 « Je vois mes enfants dépérir sous mes yeux ».

« C’est beaucoup trop cher. Je ne peux pas payer cela », dit Hamed. Le HCR couvre le coût des transfusions sanguines mensuelles, soit 105 dinars (121 euros) mais sans les médicaments qui permettent d’éliminer l’accumulation de fer dans le sang dû aux transfusions, ils risquent d’être confrontés aux effets secondaires de la maladie, c’est-à-dire la fatigue, l’ostéoporose, les palpitations cardiaques, une insuffisance au niveau des organes, voire le décès.    

« Je vois mes enfants dépérir sous mes yeux », ajoute Hamed. « Je ne peux pas leur garantir les médicaments dont ils ont besoin et je suis désespéré. Je le vis très difficilement. Le goût de la vie est devenu amer. »   

Bien qu’il soit pris par un sentiment de panique, Hamed dit comprendre les mesures qui ont été mises en place par le gouvernement jordanien. Le pays accueille actuellement plus de 650 000 réfugiés syriens enregistrés et, avec la crise qui se prolonge une huitième année, la pression financière qu’elle exerce sur un pays au taux de chômage déjà élevé, aux infrastructures fragiles et aux ressources naturelles limitées devient beaucoup trop lourde à gérer.  

« Ce n’est pas la faute des Jordaniens », dit-il. « Le coût de cette maladie ne devrait pas être uniquement pris en charge par le seul Ministère jordanien de la santé. Il faudrait qu’il y ait un effort collectif envers la Jordanie et qu’elle reçoive un soutien financier ». 

  • Hamed Mifleh, un réfugié syrien âgé de 47 ans (à gauche), se promène avec ses enfants, Ahmad (21 ans) et Bara'a (7 ans), dans un champ situé à proximité de leur maison, à Madaba.
    Hamed Mifleh, un réfugié syrien âgé de 47 ans (à gauche), se promène avec ses enfants, Ahmad (21 ans) et Bara'a (7 ans), dans un champ situé à proximité de leur maison, à Madaba.  © HCR/Annie Sakkab
  • Ahmad Mifleh (à gauche) discute avec son père, Hamed, dans la maison qu'ils occupent à Madaba, en Jordanie, depuis qu'ils ont fui en 2013 leur ville natale de Deraa, dans le sud de la Syrie.
    Ahmad Mifleh (à gauche) discute avec son père, Hamed, dans la maison qu'ils occupent à Madaba, en Jordanie, depuis qu'ils ont fui en 2013 leur ville natale de Deraa, dans le sud de la Syrie.  © HCR/Annie Sakkab
  • Hamed Mifleh (à gauche) avec ses enfants, Ahmad (21 ans) et Bara'a (7 ans), atteints de thalassémie, une maladie du sang qui nécessite de fréquentes transfusions sanguines et des médicaments coûteux.
    Hamed Mifleh (à gauche) avec ses enfants, Ahmad (21 ans) et Bara'a (7 ans), atteints de thalassémie, une maladie du sang qui nécessite de fréquentes transfusions sanguines et des médicaments coûteux.  © HCR/Annie Sakkab
  • Ahmad (21 ans), au sujet de la hausse du prix de ses médicaments en Jordanie, devenus inabordables : « Il s'agit de ma vie. Si je ne prends plus de médicaments, ma vie s'arrête ».
    Ahmad (21 ans), au sujet de la hausse du prix de ses médicaments en Jordanie, devenus inabordables : « Il s'agit de ma vie. Si je ne prends plus de médicaments, ma vie s'arrête ».  © HCR/Annie Sakkab
  • Sans médicament, Bara'a (7 ans) et son frère risquent de souffrir d'effets secondaires comme la fatigue, l'ostéoporose, les palpitations cardiaques, une insuffisance au niveau des organes, voire de mourir.
    Sans médicament, Bara'a (7 ans) et son frère risquent de souffrir d'effets secondaires comme la fatigue, l'ostéoporose, les palpitations cardiaques, une insuffisance au niveau des organes, voire de mourir. © HCR/Annie Sakkab
  • Hamed décrit le sentiment d'impuissance qu'il éprouve à l'idée de ne pas pouvoir payer le prix des médicaments : « Je vois mes enfants dépérir sous mes yeux… et je suis désespéré ».
    Hamed décrit le sentiment d'impuissance qu'il éprouve à l'idée de ne pas pouvoir payer le prix des médicaments : « Je vois mes enfants dépérir sous mes yeux… et je suis désespéré ».  © HCR/Annie Sakkab

Ce changement a considérablement augmenté les besoins de financement du HCR, rien que pour assurer aux réfugiés un accès de base aux soins de santé en Jordanie. La nécessité d’apporter d’urgence un soutien financier accru à plus de 5,6 millions de réfugiés syriens dans la région, ainsi qu’aux pays qui les accueillent, est l’un des principaux thèmes de la conférence des bailleurs de fonds organisée par l’Union européenne et l’ONU, les 24 et 25 avril, à Bruxelles. 

« La réponse généreuse de la Jordanie vis-à-vis des réfugiés syriens a été très appréciée », a déclaré Stefano Severe, représentant du HCR en Jordanie. « C'est la raison pour laquelle le HCR, ainsi que les principaux acteurs du développement, tels que l'UE et la Banque mondiale, prônent un financement pluriannuel, prévisible et soutenu, en vue d’appuyer le système de santé publique jordanien, avec un accès abordable aux soins pour les réfugiés. »

Pour des milliers de réfugiés syriens comme Ahmad et Bara’a, l’enjeu est plus qu’essentiel. « Il s’agit de ma vie », dit Ahmad. « Si je n’ai plus de médicaments, ma vie s’arrête ».