Un accueil pour des réfugiés au coeur des USA

Cobi Cogbill veut élever ses enfants dans le respect des gens qui sont différents – à commencer par une famille de réfugiés congolais réinstallés en Arkansas.

Majidi et Cobi Cogbill passent du temps ensemble à l'Université d'Arkansas, où Cobi fait des études et Majidi travaille.
© HCR/Lucian Perkins

Cobi Cogbill a grandi dans une bourgade si petite qu'elle ne porte même pas de nom. Un endroit où ils n'étaient que 30 élèves en dernière année de secondaire et où il y avait plus de vaches que d'habitants.


Aujourd'hui âgé de 31 ans, Cobi se souvient que jadis ses voisins du sud-est de l'Arkansas et lui partageaient des origines et des croyances très similaires. Ils aimaient les traditions, explique-t-il, et détestaient le changement. Ils étaient suspicieux à l’égard des étrangers, et lorsque la réinstallation de réfugiés a commencé à faire la une des journaux, certains d'entre eux craignaient que cela ne pose un risque pour la sécurité du pays.

« C'était plus simple de s'opposer aux réfugiés et de les craindre que d'essayer de savoir qui ils étaient », explique Cobi en se souvenant de ses propres idées, il y a quelques années à peine.

Il y a cinq ans, Cobi est venu s'installer à Fayetteville avec son épouse Leanda et il a commencé à voir les choses autrement. Avec plus de 80 000 habitants, Fayetteville, qui héberge l'Université d'Arkansas, est la troisième ville de l'État et elle a accueilli plusieurs réfugiés ces dernières années.

« C'était plus simple de s'opposer aux réfugiés et de les craindre que d'essayer de savoir qui ils étaient. »

Leanda a participé à l'accueil de certains d'entre eux par le biais de sa paroisse et c'est elle qui a convaincu Cobi de donner un coup de main. L'un des premiers réfugiés qu'il a rencontrés s'appelle Majidi, il a 36 ans, et il a fui la République démocratique du Congo après avoir vu son père se faire torturer et assassiner.

Majidi a mis deux mois pour atteindre la Namibie à pied, puis il a dû attendre pendant 17 ans comme réfugié avant d'être retenu pour une réinstallation par les USA. Il a déménagé à Fayetteville en décembre dernier, reconnaissant d'avoir eu la chance de pouvoir démarrer une nouvelle vie.

Ils se sont rencontrés pour la première fois lorsque Cobi a proposé à la famille de Majidi de les conduire au centre islamique tout proche pour une rencontre d'accueil avec d'autres réfugiés et des familles de la ville. Depuis, ils sont amis.

« Ils ont ouvert la porte, nous ont accueillis et nous ont offert à manger », raconte Cobi en se souvenant de sa première rencontre avec Majidi et sa famille. Cobi sortait de table et il a décliné l'offre. « Je ne voudrais pas vous blesser », a-t-il dit. Et Cobi se souvient que Rehema, l'épouse de Majidi, avait les mêmes craintes. Elle m'a dit : « Et nous ne voudrions pas vous blesser non plus. »

Cobi Cogbill, 31 ans (à gauche) et Majidi, 36 ans, passent du temps ensemble pendant que leurs enfants jouent dans sa maison de Fayetteville, en Arkansas. Ils sont devenus inséparables depuis leur rencontre.   © HCR/Lucian Perkins

Selon les chiffres du gouvernement des USA, l'Arkansas a réinstallé 90 réfugiés depuis janvier 2012.

Majidi et sa famille se font rapidement à leur nouvelle vie. Leurs deux enfants – Ally, 4 ans et Khadija, 2 ans – vont à l'école et à la crèche. Majidi travaille à l'université, et il tente également de lancer une petite entreprise avec Rehema, son épouse.

« Je rêve d'être indépendant, d'être entrepreneur et d'aider les autres », raconte-t-il.

Depuis, Cobi et Majidi se retrouvent une fois par semaine, parfois sur le campus de l'université où Majidi travaille et où Cobi fait des études d'ingénieur. À d'autres occasions, ils se retrouvent chez l'un ou chez l'autre. Et leurs enfants jouent également ensemble.

Cobi dit qu'il fait de son mieux pour expliquer à ses amis et ses voisins pourquoi il est important d'accueillir les quelques réfugiés vulnérables qui sont admis pour réinstallation aux États-Unis.

« Nous sommes amis et nos familles sont très proches. C'est quelque chose de tout à fait spécial et ça compte beaucoup pour nous. »

« Ils font de leur mieux pour s'intégrer parmi nous, pour nous rendre plus forts, et je crois qu'ils y parviennent », explique-t-il. « Ils rêvent du rêve américain. »

Mais malgré cela, Cobi raconte que dans la petite bourgade d'où il vient, bon nombre de leurs amis et de leurs proches ne parviennent pas à comprendre. Certains d'entre eux lui ont dit qu'il devrait "aider les siens.”

« J'essaie de leur parler, mais à chaque fois, ils ne veulent plus que nous soyons amis et ils me suppriment de leur liste sur Facebook. J'ai perdu contact avec des gens que je connaissais depuis 20 ans. »

Cobi dit qu'il est heureux de la voie sur laquelle il s'est engagé. Il estime que sa famille gagne à fréquenter la famille de Majidi et d'autres réfugiés.

« Nous apprenons à nos enfants qu’il est normal d'aider les autres et de se lier d'amitié avec quelqu'un qui ne parle pas de la même manière, qui n'a pas la même apparence, qui ne vient pas du même endroit ou qui ne prie pas de la même manière que nous.”

« Nous sommes amis et nos familles sont très proches. C'est quelque chose de tout à fait spécial et ça compte beaucoup pour nous. »